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Παρασκευή 12 Οκτωβρίου 2018

7 – La Grèce et la Turquie au XXe siècle – Un gros ouvrage de 700 pages de Dimitri Kitsikis, sous presse






7 – La Grèce et la Turquie au XXe siècle – Un gros ouvrage de 700 pages de Dimitri Kitsikis, sous presse

Voici un extrait de l’ouvrage qui montre que la géopolitique de la région de la
mer Égée demeure inchangée, malgré le temps :

Un article anglais de l’India Times, du 21 octobre 1908,  disait: "L’organisation d'une Turquie forte et bien gouvernée est un coup mortel porté aux espérances de la Russie de régner sur le Bosphore et aux espérances de l'Autriche relatives à un port sur la mer Égée . . . C'est l'intérêt des Grecs, dans le monde entier, de soutenir la constitu­tion turque". Alors, pourquoi, est-ce , en Grèce, dans le "parti oriental" et non dans le "parti occidental" pro-anglais, que l'on rencontre les par­tisans les plus enthousiastes de la collaboration gréco-turque ?

La réponse est que, pour le "parti occidental", les rapports gréco-turcs étaient une question d'opportunité politique et pouvaient donc varier selon les circonstances. Rien ne les attirait vers le monde turc qui représentait l'antithèse de leurs aspirations. Ils ne croyaient qu'à la civilisation occidentale et niaient la civilisation de la région inter­médiaire.
Au contraire, pour le "parti oriental", les relations avec les Turcs étaient mues par le sentiment d'appartenance à une même aire de civilisation qu'il fallait, à tout prix, conserver, contre 1'intrusion occiden­tale. Ils étaient hellénoturquistes  par idéologie.

La montée du panslavisme dans la deuxième moitié du XIXe siècle,

transforma les russophiles du "parti oriental" en anti-slaves. La lutte

macédonienne contre les Slaves, au début du XXe siècle, pour donner la     

Macédoine à la Grèce, persuada les "orientaux" de la nécessité d'une barrière

gréco-turque contre le danger slave. Mais pour  eux,il s'agissait d'une querelle

de famille, d'une lutte millénaire à l'intérieur de la région intermédiaire: qui

des trois aurait la première place à Constantinople ? Le Russe, le Turc ou le Grec ?  

En tout cas, que l’étranger, l'Occidental, se tien­ne à l'écart: "l'Orient aux

Orientaux" s'écrie Souliotis, à la veille de la première guerre mondiale.


Dimitri Kitsikis                                                        12 octobre 2018

Κυριακή 18 Μαρτίου 2018

6 - Le génie de la France


6 - Le génie de la France
Dimitri Kitsikis
Conférence donnée le 18 mars 2018, à Ottawa,
Sur l’invitation de la Société des amis Canada-France

1 – La Région intermédiaire

Aristote, dans son œuvre intitulée, La Politique (VII, 7, 1327, b. sq), avait remarqué, en géopoliticien, concernant ce que j’ai défini moi-même, en introduisant en géopolitique moderne le concept de Région intermédiaire : «Les nations habitant les endroits froids et celles de l’Europe, sont pleines de courage, mais parfois déficientes en intelligence et en habileté, de sorte qu’elles restent comparativement libres, mais manquent d’organisation politique et de capacité à gouverner leurs voisins. Les peuples d’Asie, de l’autre côté, sont intelligents et habiles de tempérament, mais manquent de courage, de sorte qu’ils sont toujours soumis à la sujétion et à l’esclavage. Mais la race grecque participe aux deux caractères, précisément parce qu’elle occupe la position géographique médiane, de sorte qu’elle est à la fois courageuse et intelligente. Grâce  à ces vertus, elle continue à jouir de la liberté, à avoir de très bonnes institutions politiques ; et elle est capable de gouverner l’humanité si elle parvient à l’unité constitutionnelle». Cette unité de la Région intermédiaire fut réalisée par l’élève d’Aristote, Alexandre le Grand.

2 – Une lune détachée de la planète Grèce

Depuis la chute d’Adam, deux civilisations et deux seules couvraient la terre : la Chine et la Grèce, dans son espace de Région intermédiaire. Le reste était couvert de Barbares. Des nomades déambulant de part et d’autre des plaines du nord de l’Eurasie : Germaniques, Slaves et Turco-Mongols.

Ceux-ci traversèrent la muraille de Chine et le Limes romain et s’installèrent, avec armes et bagages, en plein milieu de la civilisation. Kubilaï khan s’empara de Pékin et Mehmet s’empara de Constantinople. Mais déjà le Germain Clovis, élevé sur son bouclier franc, avait pressenti le destin exceptionnel de la Gaule. Il allait devenir le champion du christianisme judéo-hellénique et faire de la France la fille aînée de l’Église.

Lorsque au XVIe siècle, la Renaissance hellénique émigra de Rome en France, cette lune, détachée à peine de la planète Grèce, de la Région intermédiaire, prit les couleurs de la France et les conserva jusqu’à la deuxième Guerre mondiale, jusqu’ à la libération de Paris, en 1944, et la rentrée triomphale du général de Gaulle.

3 – La France unique

La France, sur le sol occidental, était unique, par le fait, qu’elle seule, avait compris qu’au-delà de toute puissance économique, au-delà de toute ratio cartésienne, seule l’orthologismos dialectique grec, primant la créativité du cœur sur l’encéphale, pouvait faire jaillir du cerveau la flamme romantique profondément chrétienne, depuis Rousseau jusqu’à Victor Hugo et jusqu’à Yannis Xenakis.
Le sens de la chose publique, de la res-publica, de la République fit de la France, de Louis XIV, de Napoléon et jusqu’ à de Gaulle, une monarchie républicaine, au son des orgues des cathédrales, ayant le sens de la justice, un phénomène que Marx appela socialisme féodal.
De tous les peuples barbares, du Ve siècle après J.-C., Anglo-saxons, Germaniques, Slaves et Turcs, seuls les Français comprirent vraiment les Grecs, au point qu’au moment de la fondation de l’État grec dans la décennie de 1820-1830, son inspirateur Koraïs (ou Coraïs), vivant à Paris, soutint que les Grecs devaient passer par la France devenue grecque, pour redevenir grecs.

Sur sa tombe, à Paris, il fut écrit en français :
«Ce noble enfant des Grecs évoquant leur génie,
Fit lever à sa voix un peuple de héros.
La France, ô Coraïs, ta seconde patrie,
Te garde avec orgueil dans la paix des tombeaux »

4 – La dispute des Anciens et des Modernes

Au XVIIe, une dispute littéraire éclata entre deux partis, les Anciens et les Modernes. Contre les Modernes -qui ne niaient pas que les Grecs étaient insurpassables mais qui insistaient que pour continuer à créer il fallait aller au-delà d’eux, pour ne pas paraître comme étant de simples copistes-  les Anciens soutenaient que les Grecs, redécouverts en Italie par la Renaissance, après la chute de Constantinople en 1453, avaient tout dit et que le mieux que les écrivains français pouvaient faire, était de les copier ave talent, comme en témoignaient les tragédies de Corneille et de Racine.

D’abord l’Académie platonicienne de Florence, créée par Cosme de Médicis, en l’honneur du Grec Pléthon de Mystras, au XVe siècle, puis le Collège de France, créé au XVIe siècle à Paris, par Guillaume Budé, pour l’enseignement du grec, devinrent le socle culturel de la prépondérance absolue en Occident de la civilisation grecque.

Mais, au XVIIIe siècle, une vague de scepticisme religieux envahit la France, par le retour à Sparte et à Athènes, ainsi qu’à la religion de l’Olympe, ce qui causa une crise de la foi qui alla jusqu’au triomphe du libertinage, à la condamnation du clergé et des monastères et à l’imposition de la religion franc-maçonne de l’Être suprême en 1793, par Robespierre, en pleine cathédrale de Notre Dame de Paris.

Néanmoins, face au scepticisme hellénique de Diderot et de Voltaire, s’éleva la foi, profondément chrétienne et grecque de Jean-Jacques Rousseau qui prit toutes ses idées chez les Grecs, en choisissant Sparte, contre Athènes. Ainsi, au XIXe siècle le renouveau chrétien, s’appuya sur le romantisme rousseauiste d’un Victor Hugo profondément chrétien, allant au XXIe siècle jusqu’au pape helléniste Benoît XVI qui rappela que si le catholicisme était entré en décadence, c’est parce qu’il s’était éloigné de l’hellénisme.

  5 – L’Europe face aux musulmans arabes

En 732 après Jésus Christ, à Poitiers, les Arabes musulmans furent repoussé par les chrétiens de France et pendant tout le Moyen-Âge, contrairement à la légende, selon laquelle les Arabes auraient transmis à l’Occident le savoir grec, l’Europe occidentale avait toujours maintenu ses contacts avec le monde byzantin grec.  

Dans son livre intitulé, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim, prouva l’inexistence d’un quelconque apport significatif des Arabes à la civilisation européenne. Même en Europe méditerranéenne orientale, l’hellénisation du monde islamique avait été surtout le fait des Arabes chrétiens.

6 – Le général de Gaulle et l’Europe

Au XXe siècle, vint le général de Gaulle, féru d’hellénisme, qui proclama avec raison : tout Français aura été, est et sera gaulliste. Alors, Giscard d’Estaing, ancien président de la République Française, s’attela à la rédaction de la Constitution européenne. Mais déjà, après la disparition de de Gaulle, l’Europe sombrait dans la décadence et le 29 mai 2005, une date rappelant la prise de Constantinople par les musulmans, le 29 mai 1453, les Français rejetaient à près de 55%, le traité établissant une Constitution européenne qu’on avait voulu d’inspiration grecque judéo-chrétienne.

En effet, les Français rejetèrent, de ce fait, la référence aux héritages spirituels et aux racines grecques et chrétiennes de l’Europe, comme suite aux résultats du concile Vatican II de 1962-1965. Il avait fallu l’intervention d’une Allemande pour défendre l’Europe chrétienne, avec le soutien de la Pologne, qui avait voulu rappeler dans cette Constitution les racines grecques et judéo-chrétiennes de l’Europe.

En effet, Annette Schavan, vice-présidente du parti chrétien-démocrate allemand, avait déclaré : «Il n’y a pas de culture sans racines religieuses. L’Europe n’est pas simplement une communauté monétaire ou une zone de libre-échange économique. C’est aussi une communauté qui repose sur un socle culturel dans lequel elle puise sa force…le christianisme…la philosophie grecque, le droit romain, la Renaissance ou le siècle des Lumières – le christianisme a puissamment contribué à forger la perception que nous avons aujourd’hui de l’homme dans nos sociétés : un individu à part entière dont la dignité ne peut être bafouée».

7 – Un appel au génie de la France pour sauver l’Europe

Désormais, la foi manquant, la voix était ouverte à la démolition de la structure eurocratique de Bruxelles, à l’euroscepticisme, au point que l’Angleterre elle-même qui avait lutté avec insistance pour contrer l’interdiction du général de Gaulle, qui la voulait dans l’Europe que «toute nue», sans son Commonwealth et qui, finalement, avait réussi à pénétrer dans l’Union européenne, seulement après la mort du Général, en sortit en 2017, devenue aussi gaulliste que de Gaulle lui-même!

Pour paraphraser le général de Gaulle, «non seulement la France, mais le monde entier, aura été, est et sera, gaulliste»! Voilà l’essence du génie de la France.

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Παρασκευή 2 Μαρτίου 2018

5 - Interview de Dimitri Kitsikis à la revue québécoise «Le Harfang»


5 - Entrevue de Dimitri Kitsikis
Professeur émérite, département d’Histoire, Université d’Ottawa,
Membre régulier de la Société royale du Canada,
Président d’honneur de la Fondation publique «Dimitri Kitsikis»,
donnée le 11 août 2016
et publiée dans la revue québécoise «Le Harfang», en avril 2017


Le Harfang - De nombreux aspects de l’indépendance du Québec ont été  
étudiés par les think-tanks et les partis souverainistes au cours des dernières décennies. Considérez-vous que l’aspect géopolitique a été suffisamment étudié ?

D.K - Non. La géopolitique était bannie en Occident (et donc dans son appendice québécois) jusqu’à la chute du camp communiste, en 1989, car elle était considérée liée à Karl Haushofer et à la théorie hitlérienne de l’espace vital. Moi-même, en tant que spécialiste de géopolitique, continuateur de Halford Mackinder et de Karl Haushofer, j’étais considéré comme fasciste. De même, était considérée comme anti-scientifique l’étude de la psychologie des peuples, à laquelle je m’adonnais, et comme secondaire toute explication fondée sur le fait civilisationnel et religieux.

Ce qui dominait alors, chez les universitaires québécois des relations internationales était une explication marxiste édulcorée de lutte des classes, dans le contexte de l’affrontement entre le camp capitaliste et le camp socialiste. Avec une connaissance presque inexistante de la géographie mondiale, un spécialiste pakistanais du Tibet, à l’Université Laval, était considéré comme un extra-terrestre. Un autre universitaire québécois de relations internationales mettait sur le même pied la Roumanie communiste et la Mongolie communiste, parce que ces deux pays appartenaient à l’époque au camp communiste, sans tenir compte du fait qu’ils étaient inclus, depuis toujours, dans deux régions de civilisation différentes, la Roumanie à la Région intermédiaire et la Mongolie à l’Extrême-Orient.

Après 1989 et la chute du camp communiste, la géopolitique devint à la mode et tous ceux qui s’occupaient de relations internationales s’autoproclamèrent géopoliticiens. Cela devint franchement comique.


H – Projetons-nous dans un scénario fictif de Québec souverain.  
Croyez-vous qu’un état francophone, au sein d’un bloc anglo-saxon, serait politiquement viable?

D.K. - Oui et non. Oui, en tant que petit pays, protectorat des États-Unis, comme le Kossovo ou le Kuweit, par exemple. Non, en tant que pays puissant et influant, comme l’est Israël, par exemple.

Fondé, sur ma connaissance de l’Empire ottoman qui était une confédération multi-religieuse et multi-ethnique et de son démembrement en États-nations, je considère que la fondation de la Grèce, du Kossovo ou de la Syrie, en tant qu’États-nations, les a rendus entièrement dépendants des Grandes Puissances, alors que son maintien dans l’Empire ottoman leur avait permis de jouir d’une décentralisation administrative et d’une autonomie de leur religion, de leur langue et de leurs coutumes.

Dans l’État indépendant de Grèce, par exemple, il a toujours existé deux partis, celui des indépendantistes qui se félicitaient de la sécession de 1821 et les fédéralistes qui regrettaient que la Grèce se soit détachée de l’Empire ottoman. Aujourd’hui, le camp fédéraliste reprend du poil de la bête.  


H -  Quelles garanties aurait un Québec souverain pour se défendre, face à des voisins, comme les Etats-Unis et le Canada ?

D.K. - Aucune garantie, sauf si le Québec se liait immédiatement, dans un contexte confédéral, à la France

H -  Marine Le Pen, lors de son passage à Québec a discuté de l’idée de  refaire un bloc d’influence, genre Commonwealth, basé sur la  
Francophonie. Par le passé, plusieurs penseurs comme Raoul Roy ont  
avancé l’idée de Francité, ce qui est très différent. Existe-t-il une solidarité francophone et la Francophonie pourrait-elle devenir un contrepoids aux puissances anglo-saxonnes ?

D.K. - Bien que partisan de Marine Le Pen, je considère comme seule planche de salut pour le Québec, non pas le Commonwealth francophone, à l’exemple du Commonwealth britannique, mais la francité, fondée sur la race. Le mot race ne doit pas être pris dans le sens raciste, mais dans le sens de «genos» grec, qui n’est ni la nation, ni la communauté de sang, mais une origine historique commune, fondée sur la langue et la religion.

Je considère que la révolution tranquille au Québec, ainsi que Vatican II en Europe, dans les années 1960, a été un coup de poignard porté à la francité, car jusqu’ à cette époque, l’entité France-Québec était la fille aînée de l’Église. Sa déchristianisation brutale a marqué la fin du fait français. Seul un régime musclé de Marine Le Pen, avec le soutien d’un Québec fasciste intégriste, pourrait renverser la vapeur.

H - Par ailleurs, l’émergence d’un monde multipolaire nuirait-il ou  serait-il bénéfique à la création d’un Québec souverain ?

D.K. - Toute unification de la planète sous la houlette du globalisme des banques marque la fin des peuples, des civilisations et des religions. Un monde multipolaire s’impose, fondé sur les civilisations et les cultures. Le monde chrétien ne peut que s’opposer au monde musulman et le Québec appartient au monde chrétien.


H - Plusieurs penseurs, comme Pierre Hillard, avance que les  
indépendantismes nuisent finalement, car ils affaiblissent les nations  face aux organismes supranationaux (Union européenne). Partagez-vous  cette opinion et cela s’applique-t-il au Québec ?

D.K. - L’Union européenne est moribonde. Il s’agit du passé. Les organismes supranationaux sont actuellement aux mains des banques et donc nuisibles. L’indépendantisme doit s’adapter aux confédérations, telles que celle de la francité.


H -  L’eau semble devenir un enjeu géopolitique majeur à l’échelle  
mondiale, le Québec, importante réserve d’eau potable, en fait-il  
assez pour défendre cette ressource et en tirer avantage ?

D.K. - L’eau, mondialement, est devenue aussi importante que le pétrole. Le Québec devrait revendiquer énergiquement sa part, dans l’exploitation de l’Océan arctique qui, de plus en plus, deviendra un centre géopolitique mondial. Le Québec doit avoir les yeux fixés sur le nord, vers la mer Arctique qui la sépare de la Russie, et non vers le sud, vers les Etats-Unis et l’Amérique latine.


H - La religion semble revenir à l’avant-plan, en géopolitique, au  
Moyen-Orient, mais aussi en Europe de l’Est et même aux Etats-Unis où  la religion est souvent invoquée par les néo-conservateurs. Croyez-vous  que l’Occident reviendra, à moyen ou long terme, à une religiosité plus  marquée ?

D.K. - André Malraux dans les années 1960, au moment même où le Québec et la France se suicidaient religieusement, avait prévu que le XXIe siècle serait religieux. Actuellement, le Québec demeure une momie despiritualisée. Il est temps que le catholicisme revienne au galop.

H - L’adhésion à l’OTAN, l’ALENA et autres représente-elle un boulet  
pour l’émancipation du Québec ?

D.K. - L’OTAN a déjà été condamnée par Donald Trump comme surannée. Son arrivée, fort souhaitée, à la présidence des États-Unis donnera la réponse à cette question.


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Τρίτη 13 Φεβρουαρίου 2018

4 - Muhammad Shamsaddin Megalommatis: un Grec planétaire





4 - Muhammad Shamsaddin Megalommatis: un Grec planétaire

Orientalist, Historian, Political Scientist, Dr. Megalommatis, 51, is the
author of 12 books, dozens of scholarly articles, hundreds of
encyclopedia entries, and thousands of articles. He speaks, reads and
writes more than 15, modern and ancient, languages. He refuted
Greek nationalism, supported Martin Bernal ´s Black Athena, and
rejected the Greco-Romano-centric version of History. He pleaded for
the European History by J. B. Duroselle, and defended the rights of
the Turkish, Pomak, Macedonian, Vlachian, Arvanitic, Latin Catholic,
and Jewish minorities of Greece. Born Christian Orthodox, he adhered
to Islam when 36, devoted to ideas of Muhyieldin Ibn al Arabi.
Greek citizen of Turkish origin, Prof. Megalommatis studied and/or
worked in Turkey, Greece, France, England, Belgium, Germany,
Syria, Israel, Iraq, Iran, Egypt and Russia, and carried out research
trips throughout the Middle East, Northeastern Africa and Central
Asia. His career extended from Research & Education, Journalism,
Publications, Photography, and Translation to Website Development,
Human Rights Advocacy, Marketing, Sales & Brokerage. He traveled
in more than 80 countries in 5 continents. He defends the Right of
Aramaeans, Oromos, Ogadenis, Sidamas, Berbers, Afars, Anuak,
Darfuris, Bejas, Balochs and Tibetans to National Independence,
demands international recognition for Kosovo, the Turkish Republic of
Northern Cyprus, and Transnistria, calls for National Unity in Somalia,
and denounces Islamic Terrorism.


T.C. Başbakanlık
Atatürk Kültür, Dil ve Tarih Yüksek Kurumu
ATATÜRK ARAŞTIRMA MERKEZİ




La Grèce Entre l'Europe et le Tiers –Monde
Prof. Dr. Mohamed Chams Ad-dın Megalommatis*




Lors de ces quatre derniers ans la Grèce fut caractérisée par deux axes de politique européenne éminemment contradictoires: sous le gouvernement conservateur de la Nouvelle Démocratie (N.D.), elle a d’un côté essayé de prouver que tout malentendu existant depuis 1981 entre ce pays et les CEE relevait de la politique incohérente du PASOK le (“Mouvement” Socialiste Grec), tout en sollicitant une aide financière témoignant de la différence chaotique existant au niveau de l’économie et de l’adaptation européenne entre les pays européens les plus arriérés, tel le Portugal et la Grèce, tandis que de l’autre côté elle s’est mise à démontrer de façon solennelle que ses racines, ses moeurs, sa vie culturelle, son Académie, ses Universités, son élite politique et intellectuelle n’ont le moindre rapport avec l’évolution intellectuelle, idéologique et scientifique qui eut lieu en Europe depuis la Renaissance.

C’était juste au moment de l’arrivée de la N.D. au pouvoir en avril 1990 (lorsqu’une terrible histoire de trahison entreprise contre le petit parti DIANA éclata, car son seul député, qui n’était pas son chef, adhéra à la N.D. pour devenir son 151ème député (sur 300) et lui offrir ainsi la majorité gouvernementale), où les Grecs s’informaient sur l’entreprise des MM. Jean-Baptiste Duroselle et Frédéric Delouche de lancer une histoire-proprement européenne-de l’Europe justifiant la réunification de notre continent et de doter les citoyens de l’Europe d’une histoire qui serait la leur. Comme il était normal, une entreprise de telle envergure avait été financée par les CEE et tout un comité scientifique avait été mis en place. L’excellent résultat de cette initiative a bien attiré les éloges dans onze pays des CEE, une fois que le livre fut traduit dans toutes les langues communautaires sauf le grec. D’autres pays européens bien concernés par le projet de la réunification européenne et par la perspective de leur appartenance aux Etas-Unis d’Europe ont préparé d’autres traductions (en tchèque, suédois, russe, etc.)

La réaction grecque contre ce livre fut irréfléchie, mal argumentée et ridicule: sans avoir lu la totalité du livre pour pouvoir comprendre le but de cette entreprise, Mr. Jean Bastias (éditeur de I’EKDOTIKE ATHENON SA, maison à laquelle le texte a été envoyé par Mme. Vasso Papandréou, Commissaire aux CEE) et ses collaborateurs les plus proches, Mme. Hélène Glykatzi-Ahrweiler (naturalisée française, professeur à Paris I, président du Centre Pompidou et espérant se mêler à la vie politique grecque après la mort du Président Caramanlis), Mr. M. Sakellariou (académicien grec, ancien professeur de l’Histoire à l’Université de Salonique, qui s’intéressa d’abord à l’histoire des Grecs sous l’Empire ottoman, (surtout pendant le 18e s.), jusqu’au moment où on lui rejeta la thèse pour le laisser s’orienter ultérieurement à l’Histoire Grecque Ancienne et finalement passer une thèse d’Etat en France) et M. Andronikos (le fouilleur de Vergina, en Macédoine Grecque, qui, basé seulement sur les riches trouvailles d’un tombeau mis au jour par lui, a su l’identifier à celui de Philippe, père d’Alexandre le Grand, sans qu’une inscription quelconque l’autorise à cela), ont commencé à critiquer vivement le livre publiquement, à publier de longues “réfutations” contre cet effort “antihellénique” et à donner des interviews pour déclarer que le livre essaierait de minimiser la contribution grecque à la formation intellectuelle de l’Europe, l’histoire grecque, ainsi que l’Empire Romain Oriental (appelé seulement “Byzance” et considéré de “grec” en Grèce, malgré le fait que la langue officielle jusqu’au 7e s. était le latin et que ses citoyens s’appelaient Romains ou Romanoi). Tout cela s’est passé au moment, où le texte, qui n’était pas encore publié, leur fut confié et non pas offert à leur critique, ce qui témoigne d’un manque énorme d’éducation, d’esprit européen et de bonne foi.

A la suite de leurs réactions toujours basées sur la lecture d’une petite partie du livre, beaucoup d’académiciens, d’universitaires et de politiciens grecs ont réagi: l’archevêque d’Athènes, Sérafeim, l’ex-ministre N. Martis (qui, sans être un historien et sans avoir suivi un seul séminaire d’histoire, essaie de “démontrer” qu’il ne peut pas y avoir de “République de Macédoine” (!) et qu’il n’y a pas de langue macédonienne slave, en dépit du fait qu’elle est enseignée dans une bonne trentaine d’universités partout dans le monde, comme p.e. à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, à Paris), l’eurodéputé Papoutsis (qui n’est naturellement pas historien mais s’est demandé publiquement pourquoi il n’y a pas de référence au Parthénon dans ce livre, dont la première photo nous offre une parfaite vue sur ce monument!), l’eurodéputé Pesmazoglou et bien des autres, qui-tous-n’avaient pas lu même une seule ligne du texte!! Pour plusieurs mois les journaux et, en général, les mass-médias grecs considéraient ce livre de “témoignage des sentiments et de la haine antigrecs exprimés par le Vatican et le Monde Catholique depuis des siècles, de “produit de la propaganda sioniste minimisant les racines grecques de l’Europe”, “résultat de l’incessable guerre turque contre la Grèce”, ou même d’“effort du rationalisme occidental pour déshelléniser le Monde et l’Histoire Européenne”!!!!

Il y a une explication à tout ce qui parait ridicule ou même charlata-nesque. Toutes ces réactions, ainsi que celles de nombreux citoyens grecs, qui se sont pris pour bons historiens et essayèrent de répondre au seul plaidoyer publié en Grèce pour le livre de J.B. Duroselle (OIKONOMIKOS TAHRYDROMOS, 7.11.91, p. 47-48), en insultant le plaidoyant et en employant des expressions argotigues de très basse classe (OINKONOMIKOS TAHDYDROMOS, 4.IV.91, p. 73 “défendre l’histoire de J.-B Duroselle est un acte de folie ou de ridiculité parallèle aux intérêts des Sages de Sion”; 11.IV.91, p. 43 “De telles opinions ne doivent pas être publiées”;

2.V.91, p. 66 “En guise de réponse à notre lettre vous devez nous préciser si vous êtes Grec, si vous avez fait votre service militaire, si vous êtes chrétien orthodoxe...”; 16.V.91, p. 62 “Honte à vous”; 23.V.91, p. 86 “Vous époussetez les chaussures de J.-B. Duroselle”; 11.VI.91, p. 54 “Même si tout ce que vous dites est vrai, vous devez ne pas le diffuser, car tout cela fera du mal à notre pays”), doivent être conçues comme une expression authentique de l’incroyable mensonge enseigné aux Grecs en tant qu’“Histoire Grecque”, du manque quasi-total des Sciences Humaines dans les universités du pays, ainsi que du bas niveau de l’éducation et de la culture en Grèce et de l’esprit obscurantiste et arriéré, qui en résultent.

On verra d’abord quel est le mensonge historique que les Grecs apprennent en tant qu’ “histoire” au primaire et au secondaire: pour les “manuels” historiques (déjà vivement critiqués en Grèce) toute l’histoire de l’Humanité ne serait qu’un inventaire des influences grecques! Les civilisations minoenne (on connaît déjà très bien que les Cretois n’étaient pas des Grecs mais des Canaanéens) et mycénienne seraient “grandes”: malheureusement, même les Hittites, peuple largement influencé par les Hourrites et les Assyrobabyloniens, ne considérèrent jamais les Grecs du IIe millénaire d’“importants”. Les Grecs de l’époque classique auraient tout inventé: malheureusement, les Orientalistes ont depuis bien des années prouvé que tout était déjà connu bien avant les Grecs. Les découvertes des Orientalistes demeurent inconnues en Grèce, puisque les quelques Orientalistes grecs travaillent à l’étranger, ou bien sont mis à l’écart en Grèce, tout en étant considérés de “dangereux”. D’après ces pseudomanuels, Alexandre le Grand aurait initié les peuples orientaux à la civilisation: malheureusement même les sources grecques font état de son attitude de respect et d’excellente considération envers les anciennes civilisations. Evidemment, ces sources, on les passe sous le silence, tout comme toute autre source grecque témoignant de présence ou d’influence orientales, car on sait très bien que Thaïes, Platon, Anaximandre, Pythagore et tous les autres philosophes grecs ont pris leur “route de Damas”! D’après ces “manuels”, les Romains seraient des barbares à jamais, à condition de n’avoir pas été civilisés par les Grecs! Même le christianisme y devint une mixture “hellénico testamentaire”! Tout cela dépasse les limites du ridicule, mais on atteint déjà le charlatanesque par l’incroyable altération de l’histoire médiévale: l’empire romain oriental, devenu “byzantin” pour les savants byzantinistes du dernier siècle, serait l’“empire grec médiéval”, ce qui est une pure tromperie, puisque le mot même “Grec” était une grave insulte pour tous les citoyens “romains” de l’empire oriental.

Pour toutes les périodes de l’histoire avant la Renaissance dans les manuels grecs il n’y a que quelques pages dédiées à l’histoire d’autres peuples. Tout ce qu’on enseigne sur les anciennes civilisations (quelques 20 pages), est tellement faux, qu’une réfutation publiée dans la revue SYNCHRONI EKPAI-DEVSI (nos 32, 33, 34) nécessita 34 pages de la revue!! Le racisme antisémite grec trouve sa place partout, où il y a une référence aux Hébreux (et aux Juifs). Les Grecs n’apprennent sur l’Islam que l’hystérie antiislamique des théologiens du Moyen-Age, tandis qu’fl n’y a rien dans ces pseudomanuels sur les Sassanides et l’Iran islamique, l’Inde, l’Asie Centrale, les Celtes, les Chinois, le Japon, le Tibet, l’Afrique et l’Amérique précolombienne.

Les Grecs modernes croient qu’ils sont la suite ininterrompue des anciens Grecs! Ils n’acceptent pas que les invasions slave (7e s.), albanaise (12e-13e s.), serbe, roumaine et latine (13e-15e s.) ont complètement transformé la face du Sud de la péninsule balkanique et limité les Grecs en Anatolie et à Istamboul. Ils n’acceptent pas que la langue grecque était diffusée par le patriarcat orthodoxe parmi tous ces peuples seulement en tant que langue sacrée de leur religion. C’est pour cela que les émeutes slavo-albanaises de 1821-1828 ont été appelées “révolution grecque”, tandis que le grec n’était pas la langue maternelle des héros de cette révolution. (Botsaris, Canaris, Miaoulis, Caraïscakis et les autres disaient qu’ils étaient “Arvanites”, c’est-à-dire Albanais; Botsaris a même essayé de composer un système d’écriture albanaise basé sur les caractères grecs). Là où il y eut une ingérence franco-russo-britannique contre l’Empire Ottoman (combat naval de Navarino), les Grecs apprennent sur l’héroïsme de leurs ancêtres, qui n’y ont même pas participé! La fameux tur-cologue grec Dimitri Kitsikis, qui a fait sa carrière en France, au Canada et en Turquie, démontra pourtant, à travers son manuel sur P”Histoire de l’Empire Ottoman”, que les seuls vrais Grecs (ceux qui vivaient à Istamboul et en Anatolie) avaient pris position contre ces émeutes qui allaient démolir un système, auquel ils participaient vivement. C’est pour cela que le Professeur Kitsikis fut tellement insulté en Grèce.!

Où faudrait-il chercher les origines de cette illusion? On devrait se reporter aux fondements de l’Etat pseudogrec de 1828. Le grec y devint langue officielle, mais on y parlait plusieurs dialectes, où la grammaire, la syntaxe et le vocabulaire n’étaient pas grecs dans leur majorité (seules les parties albanaise, slave et turque faisaient plus de 2/3 du vocabulaire). Le patriarcat orthodoxe d’Istamboul trouva opportun de se doter d’un état cosmique et la langue grecque, commune pour les populations chrétiennes du petit pays, serait le biais, par lequel il essaya d’en forger l’unité. Une classe politique quitta Istam-boul et les communautés grecques de l’occident pour y exercer le pouvoir. C’est ainsi que deux courants idéologico-politiques se formèrent: les uns, formés par l’église orthodoxe, anti-occidentaux et plus particulièrement anti-français, s’orientaient vers la perspective obscurantiste de l’établissement d’un Etat “néobyzantin” religieux. Les autres, influencés par les Lumières, admiraient un Hellénisme idéal, perdu à jamais depuis 146 avant notre ère, mais ils étaient obligés à se compromettre. C’est ainsi que l’éducation ne pourrait qu’être formée d’éléments très contradictoires qui aboutirent à composer une fausse idéologie: celle du terme même, nous prête à rire. C’est en dosant toujours davantage que les uns et les autres arrivèrent à surenchère. Les dictateurs Métaxas (1936-1941) et Papadopoulos (1967-1973) furent d’ailleurs les propagateurs les plus fervents de la “civilisation gréco-chrétienne”. Par conséquent, les anciens Grecs ne pourraient être que “la base de l’évolution historique mondiale” (!) et l’histoire elle-même ne pourrait exister que pour “nous” amener à Jésus-Christ (!), une fois que cet état n’était pas laïc. Il est bien évident que de terribles et incroyables violations des Droits de l’Homme se perpétuèrent en Grèce jusqu’aujourd’hui et les Albanais (Arvanites en Grec), les Slaves grécisés, les Slaves Macédoniens et les Vlaques n’ont pas pu suivre l’enseignement primaire et secondaire dans leur propre langue maternelle mais en une langue totalement artificielle, appelée archaïsante et puriste, pour avoir été fabriquée à seul but d’éliminer les dialectes, de remplacer les mots d’origine non grecque par d’autres et d’introduire un vocabulaire grec. Pour que cette aventure puisse avoir un succès, tous les habitants du pays apprenaient continuellement que la langue enseignée aux écoles était “correcte” et qu’ils étaient les descendants malheureux d’un grand peuple “détruit par les Turcs, les Slaves, les Albanais, les Latins (terme employé pour les Croisés), le Pape et la Franc-Maçonnerie française!”

Si cela est aberrant ou même abominable, les résultats d’une telle autotromperie sont bien plus désastreux, car la survie de ce monstre idéologique nécessitait des mesures spéciales, ainsi qu’un contingentement sans précédent. Tout cela ne pourrait qu’aboutir à un manque quasi-total des Sciences Humaines dans les universités de ce pays.

Très peu de domaines scientifiques furent permis dans les universités grecques: presque toutes les branches des science historiques, philologiques, archéologiques et religieuses n’existent pas en Grèce. A part tout ce qui existe sur les différentes phases de l’histoire, de l’archéologie, ou de la littérature grecques, il n’y a que ces quatre départements: “Littérature anglaise”, “Littérature française”, “Littérature allemande” et “Littérature italienne”. A l’enseignement secondaire un élève grec ne peut apprendre qu’une langue étrangère: soit le français, soit l’anglais. Il n’y a pas d’ “Agrégation” en Grèce; les licenciés enseignent les différentes matières, même si à l’université la bibliographie offerte et obligatoire pour les examens de chaque Unité de Valeur (il en a 28 jusqu’ à la Licence) n’est qu’un seul manuel (200-300 pages) par cours. Il n’y a pas d’études post-universitaires en Grèce. Ceux qui élaborent une thèse, en Grèce, préparent un travail du niveau de la Licence française ou même pas, sans suivre des séminaires spéciaux et sans employer la méthodologie scientifique (la bibliographie périmée est très souvent employée). Il en résulte une ignorance sans précédent et tout cela touche successivement les masse-médias, le livre, la culture moyenne. Ce manque quasi-total de sciences humaines et surtout du Monde de l’Orientalisme permet à cet hellénocentrisme obreptice de survivre, mais rend tout de même le Grec moyen un être désinformé, obscurantiste et nationaliste in extremis.

Récemment la classe politique et universitaire grecque a compris qu’elle ne pourrait plus continuer ses méthodes arriérées dans le cadre de la Communauté Européenne. Sachant que tout enseignement éventuel d’un domaine de l’Orientalisme risquerait de détruire (de toute vitesse) la pseudoconstruction du grécocentrisme, l’établissement grec fut obligé d’introduire un certain nombre limité de séminaires orientalistes pour permettre à des non-orientalistes d’y enseigner et d’y présenter une altération quasi-totales des données historiques. Ils pensent qu’en agissant de cette façon ils n’auront pas de problème de contestation du grécocentrisme!

Il faudrait ici citer quelques cas pour laisser les lecteurs comprendre ce qui se passe dans les “universités” de ce pays théoriquement européen:

Un théologien, qui n’a jamais suivi un seul séminaire d’islamologie, Mr. Constantin Patélos, a occupé une position d’islamologue à l’Ecole Panteîos des Sciences Politiques de l’Université d’Athènes. Sans avoir jamais publié quelque chose relative à l’Islam, ce monsieur-là devait écrire et publier un manuel, qui servirait de (seule) base à ses étudiants (faute de quoipersonne ne pourrait enseigner dans une université grecque quelconque, une fois que la méthode universitaire internationale de demander une bibliographie générale et spécialisée relativement extensive n’est pas pratiquée en Grèce). Dans son manuel C. Patélos enseigne que “l’Equateur traverse la péninsule arabique”, que (le mois du calendrier islamique Dhou’l Hidjdja, écrit par lui) “Dhou 1 Hidjdja est un courant musulman”, que “Mahomet a fait d’Abu Bakr un Imam” (tandis que ce dernier fut élu calife après la mort du Prophète), que “les Assyriens envahirent le Yemen’“, ou bien que “Jésus est aussi le Messie des Musulmans”, etc.

Un professeur de théologie orthodoxe à l’Université d’Athènes, Mr. Savas Agouridès, qui n’a jamais suivi un seul séminaire sur le Gnosticisme de l’Antiquité Tardive, a voulu organiser la traduction en grec d’un volume anglais publié par la maison hollandaise E.J. Brill, où une série d’experts internationaux sur le Gnosticisme a préparé d’excellentes traductions des manuscrits coptes de Nag-Hammadi (Egypte). Dans le volume grec, ce professeur a essayé de caractériser ce courant philosophico-religieux de l’Antiquité Tardive de “pseudophilosophie”, de “suicide intellectuel du monde gréco-romain”, ou bien “de langage absurde et contradictoire”, expressions que les spécialistes internationaux n’ont jamais su se permettre.

Le bas niveau de l’éducation et de la culture se manifeste très vivement en Grèce: la revue mensuelle DAVLOS (“Flambeau”), diffuse les idées suivantes: “La civilisation européenne n’est qu’une caricature déformée de la civilisation grecque”, “les Grecs gouvernaient le monde entier vers 15.000 avant notre ère”, “la langue grecque a été formée par les bruits de la nature, le vent, la mer, etc.”, la langue grecque est la seule vraie langue qui existe”, “toutes les autres langues du monde dérivent du grec, qui est plus riche, puisque cette langue contient 6.000.000 mots” (!), “Saturne, Jupiter et les autres “dieux” des Grecs n’étaient pas “dieux” et les anciens Grecs ne les considéraient pas de “dieux”, mais ils étaient des rois historiques vivant avant 10.000 avant notre ère et c’est seulement à cause d’une conspiration sioniste des Juifs de l’Alexandrie grécoromaine que cette histoire fut réduite à un “mythe” proprement dit”. Evidemment la revue DAVLOS rassemble des néofascistes analogues à ceux de la Pen et de son parti, mais elle rassemble aussi la moitié du parti (gouvernemental) de la Nouvelle Démocratie; un professeur de philosophie à l’Université d’Athènes et candidat malheureux de la Nouvelle Démocratie en Etolie/Acarnanie, Gr. Costaras, appartient à ce circle. Mme. Anne Synodinou, ancien ministre de C. Caramanlis, se basait sur des articles de cette revue lors de ses discours antisocialistes parlementaires. Elle a également travaillé avec ce circle pour la cause commune de “l’alphabet grec”, puisque DAVLOS attache une importance sans précédente à la diffusion du mensonge que l’alphabet phénicien vient de l’alphabet grec et ne veut accepter d’aucune façon l’unanimité scientifique sur l’origine phénicienne de l’alphabet grec. Mme. Anne Synodinou a demandé (en 1986-87) au ministre socialiste de l’Education d’effacer les mensonges antigrecs” de tout manuel de l’enseignement secondaire grec! DAVLOS a publié sur le livre de Jean-Baptiste Duroselle un article entitré “Ex Olympo lux” (la fameuse montagne d’Olympe résidence des “dieux” grecs, dont je viens de vous donner la connotation selon DAVLOS). Hélie Tsatsomi-ros, l’auteur de cet article (DAVLOS, No. 102, Juin 1990, p. 5857-5861), qui ne s’est jamais même pas inscrit à une université quelconque, a su caractériser ce livre de “monstre”, “falsification de l’Histoire”, “conspiration satanique contre toute chose grecque”, “pseudohistoire”, “modèle de l’intolérance manifestée par ceux qui sapent les fondements de la Justice Universelle, écrit par le sage de la falsification et de l’absurde qui est aussi un “exploiteur international” et “a attaqué son seul rival, la langue grecque, à cause de sa détresse”. Tout cela fut répété par Mme. Anne Synodinou et bien des autres.

On devrait finalement aussi signaler le cas d’ELLOPI cette revue nationaliste et chauviniste, qui a circulé récemment. Là, on trouve beaucoup d’articles signés par des professeurs de l’Université d’Athènes; ce n’est donc pas un marginal. Dans l’article éditorial du fascicule d’avril-mai 1990, la perspective de l’unification européenne est vue comme celle d’un mégal-Etat international, totalitaire, niveleur”. L’intérêt manifesté par la CEE pour les pays de l’Europe de l’Est serait (pour un autre auteur) “dangereux pour la Grèce. Un autre écrivain y demande un effort grec pour proselytiser les Turcs de la Thrace (Grèce du Nord-Est) au christianisme. Pour un autre écrivain, non-diplômé bien sûr, “tous (même le “terrible monde des Sociétés Secrètes”, les Noirs, les Jaunes, les Lapons) doivent tout à l’Hellénisme”. Un professeur de l’Ecole Pan-teios des Sciences Politiques écrivit pour s’approprier les monuments araméens et romains de la Jordanie et pour les présenter comme “grecs”!

Ekdotiké Athénon a publié un volume de “Mythologie Universelle” dans son “Encyclopédie Pédagogique (?) Grecque”, qui devrait présenter le contenu mythologique des religions considérées “mortes”. La moitié du volume est dédiée aux mythes, héros, dieux grecs; le reste essaie de présenter le contenu mythologique des religions sumérienne, accadienne, assyrobabylonienne, égyptienne, hittite, hourrite, phrygienne, arménienne, canaanéenne, phénicienne, mithraiste, romaine, étrusque, celte, germanique slave, euro-asiatique, américaine, africaine et océanienne. Le déséquilibre, qui en résulte, est énorme et ses conséquences au niveau de la culture grecque moyenne s’avéreraient catastrophiques. L’esprit soi-disant proeuropéen de l’éditeur, Mr. Jean Bastias, se dégage très facilement. Il me suffit de vous signaler que l’article “Graal” est présenté dans seules 24 lignes, au lieu de 1.120 lignes pour les “Sept contre Thèbes”! Je dois vous indiquer que cela ne rélève point d’un effort commercial de “plaire” aux lecteurs mais constitue carrément un choix idéologique lié au grécocentrisme nationaliste, dont je viens de vous parler. Le Grec moyen n’a même pas entendu parler de ces “Sept contre Thèbes” et, au contraire, les jeunes ont appris sur Graal, grâce au récent film de Spielberg “Indiana Jones and the last Crusade” et aux acteurs Sean Connery et Harrison Ford.

Un philologue helléniste grec, qui n’a jamais suivi un séminaire orientaliste, Constantin Siamakis, publia un livre de 900 pages sur “l’Alphabet” pour informer ses lecteurs que “ce que les Orientalistes disent, qu’ils ont traduit les textes préalphabétiques (égyptiens, assyriens, sumériens, hittites)” constitue un “énorme mensonge”. La chronologie acceptée par tous les Orientalistes pour les souverains de l’Orient préclassique serait “ridicule”! Le fameux savant tchèque, Hrozny, devint ainsi un “idiot”!!

Il faudrait insister que tous ces cas sont représentatifs et ne concernent pas des écrivains marginaux. Le livre d’André Andrianopoulos, ex-ministre de la Nouvelle Démocratie, est très indicatif d’ailleurs; ce monsieur-là écrivit un tout petit texte d’environ 6.500 mots et il le publia en tant que livre de 51 pages! Andrianopoulos, qui n’a jamais étudié l’Islam, jamais suivi un séminaire d’islamologie, jamais effectué des recherches orientalistes, écrivit pour “Le fanatisme islamiste et les dangers qui en résultent pour la Grèce”. Il fut pourtant prouvé dans une revue scientifique (Journal of Oriental and African Studies, No. 2,1990, p. 270-272) qu’Andrianopoulos n’a même pas lu la bibliographie qu’il présenta! Pour ce député actuel la Turquie et la Syrie existaient en tant qu’Etats avant 1914 (!!), époque à laquelle il y aurait des “émirats” en Mésopotamie (!!). En plus, les Balouachis (Iran du Sud-Est et Pakistan du Sud-Ouest) qui sont des Sunnites, sont présentés en tant que “partie importante de la majorité chiite (et non pas sunnite, comme il faudrait) de la population musulmane de l’Asie Centrale Soviétique”!!!!

Le fameux livre de mon ancien professeur à l’E.P.H.E. (IVe section), Maxime Rodinson, “Les Arabes”, fut malheureusement traduit en grec. Le traducteur a su traduire le terme “Sudarabique” (pour les Yéménites préislamiques) par “Arabe Saoudite”, comme si la famille d’Ibn Saoud vivait avant Mahomet! Il serait ici important d’insister sur le fait qu’il n’y a pas de département “Traduction-Interprétation” dans les Universités grecques et que les maisons de publication ne demandent pas de traducteurs diplômés. Il arrive que des Grecs, qui n’ont pas obtenu même un “Certificat” (octroyé par l’Institut Français d’Athènes) ou un “First Certificate” (octroyé par le British Coun-cil of Athens), traduisent des livres d’éminents savants et auteurs étrangers.

Il y a l’opinion que les Occidentaux, et plus particulièrement les Français, sont des idiots; il y a même le mot “Koutofranghi” pour “Français-idiots”. Cela est dû à la haine antioccidentale et antifrançaise de l’église grecque.

Comment pouvait-on d’ailleurs procéder autrement dans un pays, où les Lumières ont été considérées comme P”oeuvre satanique de la Franc-Maçonnerie” et les obscurantistes ont créé pour leurs rivaux (qui étaient peu nombreux d’ailleurs) le terme “luminatistes” (fotadistès), attribué à d’excellents chercheurs, tel Mr. A. Dimaras, bien connu à l’étranger.

Depuis la décision de Caramanlis de demander l’adhésion de la Grèce aux CEE tout l’établissement politique-intellectuel-universitaire grec a pris la décision de ne plus permettre à personne de diffuser les liens, même contemporains, existant entre la Grèce et le Moyen-Orient, afin de ne pas nuire à ses intérêts politiques, économiques etc. La réponse serait pourtant facile à Mar-tis, ex-ministre de Caramanlis, qui aussi parla contre le livre de Jean-Baptiste Duroselle: Alexandre le Grand n’est pas sorti de la frontière occidentale de son pays, tandis qu’il est allé plus de 3.500 km. (en ligne directe) vers l’Est!!!

Il y a en Grèce beaucoup de gens et de savants qui partageraient ces opinions et analyses, mais ils ne le font pas publiquement, puisqu’ils travaillent au secteur publique et ils auraient beaucoup d’ennuis. Cette situation correspondrait parfaitement bien à ce qu’on entend par “terrorisme intellectuel”.

Il en résulte que la Grèce n’est pas un pays européen et qu’il serait opportun de reconsidérer la politique communautaire à l’égard d’un pays du Tiers-Monde, qui se trouve sur le territoire européen grâce à un accident historique; d’autant plus que ce pays est bien plus arriéré -au niveau académique et intellectuel- que bien des pays asiatiques, africains ou sudaméricains. A la veille de la réunification du continent européen, où la Russie libérale et la Turquie à Etat laïc auraient de plein droit leur place, tout en offrant à l’Europe son universalité, û serait bien plus intéressant d’envisager l’albanisation de la Grèce, en se débarassant de la sorte du lourd et inefficace fardeau que l’aide communautaire impose à l’économie européenne.

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- ATATÜRK ARAŞTIRMA MERKEZİ DERGİSİ, Sayı 29, Cilt: X, Temmuz 1994


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